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samedi 14 mars 2009

Poésie 10 : L'expiation

Un grand poème pour lancer un beau week-end avec peut-être du soleil en fonction d'où vous êtes devant votre écran.

Connu aussi sous le nom d' "Il neigeait", j'avoue avoir découvert l'oeuvre récemment suite à une interview télé. Il se trouve que la notion d'expiation était de passage sur le blog (rappelez-vous) et que les poêmes s'y faisaient rares.
D'où un peu de lecture d'un classique français d'un autre temps (ou presque), celui d'un Empire en déclin. Accrochez-vous à votre fauteuil...



Victor Hugo(1802-1885)
Les poèmes (Recueil : Les châtiments)


L'expiation

Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l'aigle baissait la tête.
Sombres jours ! l'empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
Hier la grande armée, et maintenant troupeau.
On ne distinguait plus les ailes ni le centre.
Il neigeait. Les blessés s'abritaient dans le ventre
Des chevaux morts ; au seuil des bivouacs désolés
On voyait des clairons à leur poste gelés,
Restés debout, en selle et muets, blancs de givre,
Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.
Boulets, mitraille, obus, mêlés aux flocons blancs,
Pleuvaient ; les grenadiers, surpris d'être tremblants,
Marchaient pensifs, la glace à leur moustache grise.
Il neigeait, il neigeait toujours ! La froide bise
Sifflait ; sur le verglas, dans des lieux inconnus,
On n'avait pas de pain et l'on allait pieds nus.
Ce n'étaient plus des cœurs vivants, des gens de guerre :
C'était un rêve errant dans la brume, un mystère,
Une procession d'ombres sous le ciel noir.
La solitude vaste, épouvantable à voir,
Partout apparaissait, muette vengeresse.
Le ciel faisait sans bruit avec la neige épaisse
Pour cette immense armée un immense linceul.
Et chacun se sentant mourir, on était seul.
- Sortira-t-on jamais de ce funeste empire ?
Deux ennemis! le czar, le nord. Le nord est pire.
On jetait les canons pour brûler les affûts.
Qui se couchait, mourait. Groupe morne et confus,
Ils fuyaient ; le désert dévorait le cortège.
On pouvait, à des plis qui soulevaient la neige,
Voir que des régiments s'étaient endormis là.
Ô chutes d'Annibal ! lendemains d'Attila !
Fuyards, blessés, mourants, caissons, brancards, civières,
On s'écrasait aux ponts pour passer les rivières,
On s'endormait dix mille, on se réveillait cent.
Ney, que suivait naguère une armée, à présent
S'évadait, disputant sa montre à trois cosaques.
Toutes les nuits, qui vive ! alerte, assauts ! attaques !
Ces fantômes prenaient leur fusil, et sur eux
Ils voyaient se ruer, effrayants, ténébreux,
Avec des cris pareils aux voix des vautours chauves,
D'horribles escadrons, tourbillons d'hommes fauves.
Toute une armée ainsi dans la nuit se perdait.
L'empereur était là, debout, qui regardait.
Il était comme un arbre en proie à la cognée.
Sur ce géant, grandeur jusqu'alors épargnée,
Le malheur, bûcheron sinistre, était monté ;
Et lui, chêne vivant, par la hache insulté,
Tressaillant sous le spectre aux lugubres revanches,
Il regardait tomber autour de lui ses branches.
Chefs, soldats, tous mouraient. Chacun avait son tour.
Tandis qu'environnant sa tente avec amour,
Voyant son ombre aller et venir sur la toile,
Ceux qui restaient, croyant toujours à son étoile,
Accusaient le destin de lèse-majesté,
Lui se sentit soudain dans l'âme épouvanté.
Stupéfait du désastre et ne sachant que croire,
L'empereur se tourna vers Dieu ; l'homme de gloire
Trembla ; Napoléon comprit qu'il expiait
Quelque chose peut-être, et, livide, inquiet,
Devant ses légions sur la neige semées :
« Est-ce le châtiment, dit-il. Dieu des armées ? »
Alors il s'entendit appeler par son nom
Et quelqu'un qui parlait dans l'ombre lui dit : Non.

Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine !
Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,
Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,
La pâle mort mêlait les sombres bataillons.
D'un côté c'est l'Europe et de l'autre la France.
Choc sanglant ! des héros Dieu trompait l'espérance ;
Tu désertais, victoire, et le sort était las.
O Waterloo ! je pleure et je m'arrête, hélas !
Car ces derniers soldats de la dernière guerre
Furent grands ; ils avaient vaincu toute la terre,
Chassé vingt rois, passé les Alpes et le Rhin,
Et leur âme chantait dans les clairons d'airain !

Le soir tombait ; la lutte était ardente et noire.
Il avait l'offensive et presque la victoire ;
Il tenait Wellington acculé sur un bois.
Sa lunette à la main, il observait parfois
Le centre du combat, point obscur où tressaille
La mêlée, effroyable et vivante broussaille,
Et parfois l'horizon, sombre comme la mer.
Soudain, joyeux, il dit : Grouchy ! - C'était Blücher.
L'espoir changea de camp, le combat changea d'âme,
La mêlée en hurlant grandit comme une flamme.
La batterie anglaise écrasa nos carrés.
La plaine, où frissonnaient les drapeaux déchirés,
Ne fut plus, dans les cris des mourants qu'on égorge,
Qu'un gouffre flamboyant, rouge comme une forge ;
Gouffre où les régiments comme des pans de murs
Tombaient, où se couchaient comme des épis mûrs
Les hauts tambours-majors aux panaches énormes,
Où l'on entrevoyait des blessures difformes !
Carnage affreux! moment fatal ! L'homme inquiet
Sentit que la bataille entre ses mains pliait.
Derrière un mamelon la garde était massée.
La garde, espoir suprême et suprême pensée !
« Allons ! faites donner la garde ! » cria-t-il.
Et, lanciers, grenadiers aux guêtres de coutil,
Dragons que Rome eût pris pour des légionnaires,
Cuirassiers, canonniers qui traînaient des tonnerres,
Portant le noir colback ou le casque poli,
Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli,
Comprenant qu'ils allaient mourir dans cette fête,
Saluèrent leur dieu, debout dans la tempête.
Leur bouche, d'un seul cri, dit : vive l'empereur !
Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,
Tranquille, souriant à la mitraille anglaise,
La garde impériale entra dans la fournaise.
Hélas ! Napoléon, sur sa garde penché,
Regardait, et, sitôt qu'ils avaient débouché
Sous les sombres canons crachant des jets de soufre,
Voyait, l'un après l'autre, en cet horrible gouffre,
Fondre ces régiments de granit et d'acier
Comme fond une cire au souffle d'un brasier.
Ils allaient, l'arme au bras, front haut, graves, stoïques.
Pas un ne recula. Dormez, morts héroïques !
Le reste de l'armée hésitait sur leurs corps
Et regardait mourir la garde. - C'est alors
Qu'élevant tout à coup sa voix désespérée,
La Déroute, géante à la face effarée
Qui, pâle, épouvantant les plus fiers bataillons,
Changeant subitement les drapeaux en haillons,
A de certains moments, spectre fait de fumées,
Se lève grandissante au milieu des armées,
La Déroute apparut au soldat qui s'émeut,
Et, se tordant les bras, cria : Sauve qui peut !
Sauve qui peut ! - affront ! horreur ! - toutes les bouches
Criaient ; à travers champs, fous, éperdus, farouches,
Comme si quelque souffle avait passé sur eux.
Parmi les lourds caissons et les fourgons poudreux,
Roulant dans les fossés, se cachant dans les seigles,
Jetant shakos, manteaux, fusils, jetant les aigles,
Sous les sabres prussiens, ces vétérans, ô deuil !
Tremblaient, hurlaient, pleuraient, couraient ! - En un clin d'œil,
Comme s'envole au vent une paille enflammée,
S'évanouit ce bruit qui fut la grande armée,
Et cette plaine, hélas, où l'on rêve aujourd'hui,
Vit fuir ceux devant qui l'univers avait fui !
Quarante ans sont passés, et ce coin de la terre,
Waterloo, ce plateau funèbre et solitaire,
Ce champ sinistre où Dieu mêla tant de néants,
Tremble encor d'avoir vu la fuite des géants !

Napoléon les vit s'écouler comme un fleuve ;
Hommes, chevaux, tambours, drapeaux ; - et dans l'épreuve
Sentant confusément revenir son remords,
Levant les mains au ciel, il dit: « Mes soldats morts,
Moi vaincu ! mon empire est brisé comme verre.
Est-ce le châtiment cette fois, Dieu sévère ? »
Alors parmi les cris, les rumeurs, le canon,
Il entendit la voix qui lui répondait : Non


Tout ça est bien triste, il ne manque plus qu'une musique lancinante, voire un requiem. Et ça sonne comme une menace sur notre propre société qui sombre lentement jusqu'où on ne sait pas. La folie et la démesure appellent la fin. La preuve.
Entre 1812 et 2009 n'y aurait-il qu'un pas ?

Ciao
MfS

jeudi 5 mars 2009

Cover Game

La verve artistique me prend encore un peu... sous des traits modernes !

En surfant sur Facebook, j'ai trouvé un jeu marrant auquel je me suis prêté...

À quoi ressemblerait votre pochette d'album si vous étiez dans un groupe? Suivez les instructions ci dessous...
Voici les règles :

1 - Va sur Wikipedia. Tape “random” ou clique sur http://en.wikipedia.org/wiki/Special:Random
Le premier article qui sort est le nom de ton groupe.

2 - Va sur la page des citations et tape "random quotations"ou cliq...
Lire la suite sur
http://www.quotationspage.com/random.php3
Les derniers mots de la dernière citation de la page sont le titre de votre premier album.

3 - Va sur Flickr et clique sur “explore the last seven days”ou clique sur
http://www.flickr.com/explore/interesting/7days
La 3e image, quelle qu'elle soit, sera la pochette de ton album.

4 - Utilise Photoshop, Paint ou autre pour associer ces 3 éléments.

5 - Poste le tout sur Facebook (dans un album intitulé "Cover Game") avec cette règle du jeu dans la description de l'image ou dans un commentaire, et Taggue les amis que souhaites voir participer à ce jeu.

Le résultat pour ce qui me concerne :


Je l'ai donc fait sur Facebook (ici pour ceux qui ont accès), et maintenant sur ce blog. Je suis curieux de voir les vôtres... A vous de jouer !

Ciao
MfS

A propos de: Mona Marshall, day 58, better not read

jeudi 11 décembre 2008

Poésie 9 : Je partirai un jour

Retour d'une poésie du CM2, dans un phase plutôt artistique du blog.

A vrai dire, la liste des poésies n'auraient pas été complète par ici, si je n'avais pas publié celle-ci. Encore une dont je me souviens très bien, et paur cause, nous ne l'avions pas récité individuellement, mais parlé et chanté (le refrain) ensemble sur une musique de fond. La fin du CM2, c'est aussi le départ vers une nouvelle vie, on quittait l'école du village et on partait ailleurs.
Murmurons donc tous ensemble :

Je partirai un jour.

Une barque, une étoile et la mer
L'immense mer,
La mer et ses rêves
La mer et ses enchantements
L'immense mer sous les étoiles.

R. Je partirai un jour
Vers des pays nouveaux,
Et le vent chantera
Dans ma voile.
Mon coeur plein de soleil
Mes yeux pleins de ciel bleu
J'en oublierai peut-être mon étoile.
Et je dirai au vent
Mes plus belles chansons
Tout le long, tout le long de la route.

Une plage, son sable d'or et le ciel
L'immense ciel,
Le ciel et ses colères,
Le ciel et ses nuages blonds,
L'immense ciel et sa lumière.

Un palmier, ses fruits verts et le vent
L'étrange vent,
Le vent et ses tempêtes,
Le vent et ses parfums d'été,
L'étrange vent et sa musique.



Bizarrement, je n'ai pas d'auteur. A moins que ça soit une initiative de Monsieur Niederlander, je me disais qu'il fallait bien un créateur de cette très belle poésie. Eh bien Google ne le connait apparemment pas, tout comme le poême lui-même. Toutefois, si quelqu'un sait me dire, je suis preneur.

Cette poésie a de l'âme, je trouve. Je me souviens d'ailleurs avoir dessiné un grande barque qui était plutôt un voilier avec beaucoup de couleurs, sur une mer bleu et une plage de sable. Le rêve de partir. On ressent autant l'image que le son voire on vit même l'ambiance, et pourtant les vers sont simples. J'aime bien.

Enfin "partir un jour" signifie aussi finir de mettre à jour ce blog. Cela arrivera, c'est sûr. Même bientôt. Dans cette attente et avec mes hommages du soir...

Ciao
MfS

mercredi 3 décembre 2008

Poésie 8 : Spleen

C'est la crise, rien ne va plus. C'est donc l'heure de la poésie...

Il pleut et il fait froid et ça ne va pas s'arranger. Il fait nuit quand j'arrive au bureau, il fait nuit quand je rentre chez moi. C'est la crise. Tout est propice pour l'arrivée du spleen hivernal, syndrome de nos dépressions saisonnières, et pour une fois, je ne parle pas que d'économie.
Voyons donc ce que Baudelaire avait à nous raconter à ce sujet :

Spleen

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir,

Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.


Baudelaire, Les fleurs du mal LXXVIII



J'aime bien la montée inexorable de la crise, puis, progressivement, la défaite de l'esprit en proie à ce fameux spleen implacable. Le rythme, les impressions et le vocabulaire sont admirablement choisis pour rendre la tristesse triste et la fatalité fatale.
En image, "Spleen et Idéal" de Carlos Schwabe, 1907.

Bonne soirée quand même, et bon hiver qui arrive.

Ciao
MfS

lundi 29 septembre 2008

Poésie 7 : Le brouillard

Petite pause poétique après un week-end sportif et ensoleillé avec déjà des accents dans ce sens... (relisez-donc la fin de la dernière chronique).

Après tout, la rentrée devait augurer du retour de la Poésie, et je profite du brouillard dense du jour pour publier les quelques vers d'un auteur français que nous avions beaucoup "étudié" à l'école.

Parce que la poésie c'est aussi ce moyen de s'évader et de se souvenir, de rêver et d'oublier un instant les tracasseries du quotidien.

Le brouillard

Le brouillard a tout mis
Dans son sac de coton ;
Le brouillard a tout pris
Autour de ma maison.

Plus de fleurs au jardin,
Plus d’arbres dans l’allée ;
La serre des voisins
Semble s’être envolée.

Et je ne sais vraiment
Où peut s’être posé
Le moineau que j’entends
Si tristement crier.

Maurice CARÊME

C'est simple et mélancolique et colle même un peu avec cette tendance aigüe de l'actualité récente. En même temps, ça nous en éloigne heureusement, l'espace de 3 strophes, pendant lesquelles je vous invite à regarder par la fenêtre et à vous évader dans les nuages (réels ou non) qui tombent sur la terre.

Ciao
MfS

vendredi 9 mai 2008

Poésie 6 : Mai

L'inspiration revient comme le soleil du mois de mai.

Un si joli début de mois de mai, on en a tous rêvé depuis de longs mois. Il est là, avec le soleil, 25°C, et une légère brise qui me raffraîchit ce soir sur mon vélo le long de l'Oise.
Et je me dis, trouvons donc un beau poême à publier ce soir... et je tombe sur celui-ci qui à plusieurs endroits recoupent ma virée du jour en bicyclette.

Mai

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s'éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains

Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j'ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières

Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien menés par des tziganes
Suivaient une roulotte traînée par un âne
Tandis que s'éloignait dans les vignes rhénanes
Sur un fifre lointain un air de régiment

Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes

Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)

Apollinaire nous emmène le long du Rhin dans les différents spectacles auxquelles il assiste comme transporté par un petit vent. On l'imagine facilement sur sa barque bien accompagné et sous une ombrelle apprécier cette nature qui défile, dans cette Rhénanie qu'il a longtemps fréquentée.

De quoi peut-être m'inspirer personnellement un de ses jours...

Ciao
MfS

lundi 7 janvier 2008

La cigale et la fourmi (XXIe siècle)

Au carrefour de nombreux thèmes de mon blog, cette fable s'est vue adapter il y a quelques mois par des gens visiblement excédés de la gestion "à la française" qui laisse penser ô combien le complexe humanitaro-humaniste est grand, dans le pays peut-être le plus égoïste du monde... Avec mes commentaires ci-dessous.

Texte original : http://www.lafontaine.net/lesFables/afficheFable.php?id=1

Texte réactualisé en 2 versions :
Trouvable dans vos messageries, sur de multiples blogs, mais aussi sur des sites plus sérieux (ex. Le figaro).

1) Version ANGLO-SAXONNE (dite « classique »)

La fourmi travaille dur tout l'été dans la canicule.
Elle construit sa maison et prépare ses provisions pour l'hiver.

La cigale pense que la fourmi est stupide,
Elle rit, danse et joue tout l'été.

Une fois l'hiver venu, la fourmi est au chaud et bien nourrie.
La cigale grelottante de froid n'a ni nourriture ni abri et meurt de froid.

FIN



2) Version FRANCAISE

La fourmi travaille dur tout l'été dans la canicule.
Elle construit sa maison et prépare ses provisions pour l'hiver.

La cigale pense que la fourmi est stupide,
Elle rit, danse et joue tout l'été.

Une fois l'hiver venu, la fourmi est au chaud et bien nourrie.
La cigale grelottante de froid organise une conférence de presse
Et demande pourquoi la fourmi a le droit d'être au chaud et bien nourrie
Tandis que les autres, moins chanceux comme elle, ont froid et faim.

La télévision organise des émissions en direct qui montrent
La cigale grelottante de froid et qui passent des extraits vidéo de la fourmi
Bien au chaud dans sa maison confortable avec une table pleine de provisions.
Les Français sont frappés que, dans un pays si riche, on laisse souffrir cette pauvre cigale
Tandis que d'autres vivent dans l'abondance.

Les associations contre la pauvreté manifestent devant la maison de la fourmi.
Les journalistes organisent des interviews demandant pourquoi la fourmi est devenue riche
Sur le dos de la cigale et interpellent le gouvernement

Pour augmenter les impôts de la fourmi afin qu'elle paie "sa juste part".

Epilogue, dit de la « version hard »

En réponse aux sondages, le gouvernement rédige une loi sur l'égalité économique et une loi (rétroactive à l'été) d'anti-discrimination. Les impôts de la fourmi sont augmentés et la fourmi reçoit une amende pour ne pas avoir embauché la fourmi comme aide. La maison de la fourmi est saisie car la fourmi n'a pas assez d'argent pour payer l'amende et les impôts. La fourmi quitte la France et s'installe en Suisse. La TV fait un reportage sur la cigale maintenant engraissée, elle en train de finir les dernières provisions de la fourmi bien que le printemps soit encore loin. La maison de la fourmi, devenue logement social pour la cigale, se détériore car cette dernière n'a rien fait pour l'entretenir.

Des reproches sont faits au gouvernement pour le manque de moyens. Une commission d'enquête est mise en place, ce qui coûtera 10 millions d'euros. La cigale meurt d'une overdose. Libé et l'Huma commentent l'échec du gouvernement à redresser sérieusement le problème des inégalités sociales. La maison est squattée par un gang d'araignées immigrées, le gouvernement se félicite de la diversité multiculturelle de la France. Les araignées organisent un trafic de marijuana et terrorisent la communauté.


FIN


L'emballement de la 2e version ressemble beaucoup je trouve, à la gestion "à la française" de ces situations.
Tous les jours pendant la saison froide, les journaux nous parlent de cette misère et culpabilise la société au lieu d'inciter à la motivation et à l'entraide (la vraie). Le résultat est sans appel, tout le monde est malheureux et les esprits s'échauffent, comme dans cette fin de version actualisée de la fable.

La vérité fait parfois mal, mais il est temps de la regarder en face (pour que les fables demeurent des fables).

Ciao
MfS

samedi 22 décembre 2007

Poésie 5 : Nuit de neige

Ca y est c'est la saison d'hiver qui commence, je peux 'sortir' ma troisième poésie du CM2. Après les 2 initiatrices sur l'automne (1, 2), c'est donc la saison de la nuit précoce, de la neige et du vent dans les campagnes qui prend place, et... on a froid.

J'ai rarement froid l'hiver, sans doute parce que mes premiers jours de vie, je les ai vécus avec un hiver naissant. En tout cas, je me souviens de cette première strophe comme si c'était (avant-)hier. Maupassant devait se faire une place ici, ça y est, je la lui ai trouvée.

Nuit de neige.
CM2 Alsting 1983

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son, toute vie est éteinte,
Mais on entend parfois comme une morne plainte,
Quelque chien, sans abri, qui hurle au coin d'un bois.

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes
L'hiver s'est abattu sur toute floraison.
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

Oh! la terrible nuit pour les petits oiseaux,
Un vent glacé frissonne et court par les allées,
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent plus dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que recouvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège.
De leur oeil inquiet ils regardent la neige
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.

Guy de Maupassant.

En 4 quatrains, l'auteur nous décrit ces paysages hivernaux comme figés, ternes et pourtant si revivifiants... Cette fresque froide et triste fait écho à nos derniers jours grelottants en Europe de l'Ouest, où le verglas, le grésil et le gel repoussent les gens dans leurs maisons. Et nos esprits n'en sont pas moins refroidis, ces derniers mois.

Nous sommes un peu tous ces petits oiseaux que décrit Maupassant, qui regardent ce monde continuer à vivre en attendant les jours meilleurs... à tout point de vue...
Heureusement peut-être, sommes-nous quelques-uns (encore) à penser être sur la bonne voie.

Ciao
MfS

lundi 17 décembre 2007

Gedicht 4 : Weltende

Egalement issu de longue date, mais du lycée soit bien plus tard que l’école primaire, ce poème m’avait plu pour ses références apocalyptiques, mais aussi par le côté culturel, puisqu’en classe de traduction nous avions du en établir une version française. J’ai fait figurer ci-dessous la mienne, sobre et assez littérale, en tout cas celle que j’avais laissée au crayon de papier en bas de page de mes notes d’alors.

Weltende
1ère DFG SB 1991 ?

Es ist ein Weinen in der Welt,

Als ob der liebe Gott gestorben wär,
Und der bleierne Schatten, der niederfällt,
Lastet grabesschwer.

Komm, wir wollen uns näher verbergen…
Das Leben liegt in aller Herzen
Wie in Särgen.

Du! wir wollen uns tief küssen -
Es pocht eine Sehnsucht an die Welt,
An der wir sterben müssen.

Else Lasker-Schüler 1869-1945
Aus dem Gedichtband „Der siebente Tag“ (1905)


Dieses Gedicht wird in der Regel der expressionistischen Literaturepoche zugerechnet, obwohl der Beginn des Expressionismus aber ungefähr auf das Jahr 1910 datiert wird. Genauer genommen wird das gleichnamige Gedicht „Weltende“ von Jakob van Hoddis aus 1911 als „Startschuss“ für den Expressionismus betrachtet.

Ich muss immer an Rammstein wieder denken, mit solchen kurzen Sätzen und Strophen. Der Klang der Wörter wird immer wieder schwerer, Lyrismus and künstliche Ausdrücke bleiben aber bis zum letzten Hauch.

So hatte ich es damals übersetzt:


L’apocalypse

Le monde est en pleurs,
Comme si le bon Dieu était mort
Et l’ombre de plomb qui tombe
Est aussi pesante qu’une tombe.

Viens, cachons nous mieux encore,
La vie se cache dans tous les cœurs
Comme dans des cercueils.

Hé toi, Embrassons-nous profondément,
Une nostalgie frappe le monde
Sur lequel nous devons mourir.

Traduction libre.

Je ne traduirais peut-être plus exactement de la même manière (je préférerais peut-être « tristesse » à « nostalgie »), mais peu importe, les 10 vers sont là, laconiques, lourds et pourtant si légers (un peu comme le dormeur du val) , lents et pourtant si rapides, que l’on se trouve emporté dans un tourbillon d’imagination.

Ciao
MfS

dimanche 2 décembre 2007

Poésie 3 : Le dormeur du val

Dieu sait que je ne pouvais pas faire cette rubrique de la poésie sans parler de l'oeuvre suivante qui m'a marqué...

Le dormeur du val
6e ou 5e CES Grosbliederstroff 1985?


C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font plus frissonner sa narine;
Il dort dans le soleil, la main sur la poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud, Poèmes - octobre 1870


Après une description précieuse et calme, on découvre le drame, et encore il est presque sous-entendu. La dernière ligne comprend à la fois le mot "Tranquille" et la suggestion du drame liée à la guerre de 1870. Appuyé par ce rythme en alexandrins classiques, on ressent la force de la scène et sa tragédie.

Ce type de coup de théâtre suggestif et soudain vous réveille le cerveau. Il y a quelque chose là-dedans des films d'horreur qui arriveront bien plus tard.
Le transfert d'attention de la nature vers le soldat puis au final vers "les trous rouges" est lui aussi digne d'un vrai beau scrolling cinématographique.

Enfin, je pense à "Keine Lust" la chanson pleine d'ambiguité de Rammstein, dans laquelle "Mir ist kalt" est clamé tout au long de la 2e partie, et qui suggère ce corps froid sur un lit... Voyez le clip un peu plus haut.

Mais rien ne remplace les mots de Rimbaud ici, réfléchis, sous-pesés, choisis et harmonisés.
C'est beau.

Ciao
MfS

mardi 20 novembre 2007

Poésie 2 : Vent d'automne

Elle est déjà là, la deuxième poésie et elle concerne encore cette saison automnale, si morose en ce mois de novembre de tumultes et de tristesse. Je l'ai choisi cet après-midi après un jogging dans la forêt sous la pluie entre 13h et 14h...

Vent d'automne
CM2 Alsting 1983

Passe dans les rameaux désséchés, vent d'automne,
Dans l'ombre, enivre-toi de leur parfum amer;
Berce entre les ifs noirs la lune monotone,
Fais murmurer sans fin la nuit, comme une mer.

Avive dans le ciel les étoiles tremblantes;
Disperse follement la poudre du chemin,
Fais onduler sur les coteaux les herbes lents
Comme un grand dos soyeux que caresse la main encore.

Tonne, gémis, décrois, murmure, gronde
Au loin avec ta voix mystérieuse. Meurs
Renais, déferle ainsi qu'une vague sonore
Remplis enfin la nuit d'éternelles rumeurs.

Fernand Gregh.

Ici aussi le texte comprend quelques petits aspects sympathiques, comme cette sensation de mouvement et de sons, ces verbes qui s'énumèrent voire qui s'emboîtent et qui emmènent le lecteur esthète dans la dynamique du vent...

A très très bientôt pour un peu plus de rêve encore !

Ciao
MfS

lundi 19 novembre 2007

Poésie 1 : Automne

Lui donner un peu de douceur ne fera pas de mal à mon blog. Ayant retrouvé de la Poésie de mon enfance, je me disais que ça ferait un beau petit intermède pour le lecteur assidu. N'hésitez pas à regarder un instant par la fenêtre, prendre votre respiration, et à revenir lentement vers votre écran... C'est un peu ça aussi la Poésie.


Automne
CM2 Alsting 1983

Odeur de pluies de mon enfance,
Derniers soleils de la saison !
A sept ans comme il faisait bon,
Après d'ennuyeuses vacances,
Se retrouver dans sa maison !

La vieille classe de mon père
Pleine de guêpes écrasées,
Sentait l'encre, le bois, la craie,
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été.

O temps charmant des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d'oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une pomme rouge à couteau.

René Cadou.


Ce texte contient quelques petits "trucs" sympathiques.
Avec ce petit air de saison et de naturel, il nous rappelle que la vie ne réside pas seulement dans l'actualité infernale de notre civilisation, mais aussi dans les choses simples du quotidien.

Ciao
MfS

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